Retours et témoignages de quelques-unes et quelques-uns.
Ils yétaient…bravant le froid, ils nous racontent… !
Dr François Basteau, Bordeaux 33
« Arrivé de ma province à Montparnasse en fin de matinée ce 10 janvier, je fais une halte au bout du quai espérant retrouver un confrère ou deux ou… En vain…
J’arrive sur le parvis, accueilli par un vent glacial. Je me réfugie dans une brasserie pour me restaurer et être au chaud en attendant le RDV, place Emmanuel Levinas à13h avec le SNOF. Bien équipé avec ma doudoune, j’arrive place du Panthéon où les blouses blanches commencent à affluer. Les camions de la FHP qui vont ouvrir le convoi, assurer la sono et l’ambiance sont garés prêt à rugir.
Un slogan les habille « prenons soin de ceux qui nous soignent». Une évidence qui n’en est plus une…
Place E. Levinas, je retrouve Vincent et le Bureau (toujours en action) qui distribuent tee-shirts, ballons et bonnets jaune d’œuf inratables dans la foule. J’enfile le tee-shirt par-dessus tous les habits et fini « bibendum» coiffé du bonnet. Vincent a réussi, nous sommes visibles. Le slogan « décisions aveugles / patients sacrifiés » nous rend pertinents.
Je retrouve des amis confrères de divers horizons avec grand plaisir de partager des nouvelles et d’être motivés par ce même engagement.
Un interne s’est glissé dans un gros œil très réussi, il arpentera la manifestation (type grosse tête) avec courage et persévérance, aidé de ses amis. Il sera notre amer pendant tout le temps de sa présence. Il craquera avant la fin de la manifestation. Bravo à lui.

Nous rejoignons le cortège place du Panthéon sous le regard des Grands Hommes et du dernier d’entre eux, Robert Badinter (qui a toujours trouvé la punition suspecte). Nous remontons le boulevard Saint-Michel, haut lieu des manifs de mai 1968, qui pourrait nous inspirer. Nous sommes sages, criant et brandissant quelques slogans, satiriques mais sans aucune envie d’être drôle ; « Ne nous forcez pas de partir travailler en Suisse » « Oui à Hippocrate. Non auxtechnocrates ».
Il y a du monde malgré ce froid de canard, tous les syndicats ou organismes représentatifs (un par génération se crée !) des médecins généralistes et tous les syndicats de spécialistes (une union rarissime). Beaucoup de femmes médecins. Nous remontons le boulevard du Montparnasse puis le boulevard des Invalides, lentement mais puissamment.
Cela nous permet de faire une halte rapide (café et réconfort) au chaud dans les bistrots remplis de blouses blanches. Nous arrivons place Vauban où nous nous retrouvons autour du podium d’où les tribuns responsables syndicaux expriment nos revendications.
Il est l’heure de rentrer, la nuit tombe, il est 17h30 je quitte la manif en gardant mon tee-shirt malgré la demande d’un CRS de le quitter. En remontant le boulevard je croise les passants qui me dévisagent et certains me sourient devant mon accoutrement et le slogan fièrement revendiqué. Je ressens une certaine tolérance envers notre mouvement de revendication.
Sur le parvis je quitte ma panoplie et retrouve une place douillette dans le train qui me ramène dans ma province, le devoir accompli.»

